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"Voici l'Homme"

"Voici l'Homme"

Derrière le masque, "je suis" : qu'est-ce que la personnalité ?

Publié par Emilie sur 2 Décembre 2014, 20:31pm

Catégories : #personnalité, #masque, #identité

Derrière le masque, "je suis" : qu'est-ce que la personnalité ?

"JE SUIS"

En tant que psychologue, je ne peux m’empêcher d’être fascinée par ce Nom de Dieu. Il apparaît pour la première fois dans le récit du buisson ardent, au cours du dialogue avec Moïse. Ce dernier demande à Dieu son nom avant de s’en aller trouver le peuple juif en Egypte. Il lui répond : « Tu parleras ainsi aux fils d’Israël : « Celui qui m’a envoyé vers vous, c’est : JE SUIS » (Ex 3, 14). Jésus reprend cette affirmation lorsqu’il répond aux pharisiens : « Amen, amen je vous le dis : avant qu’Abraham fût, moi, JE SUIS » (Jn 8, 58).

De tous les noms possibles et imaginables – et nos contemporains savent à quel point des noms farfelus, on peut en trouver ! – quel étonnement de voir surgir ce « JE SUIS ». Toujours en majuscules.

Cela m’avait amené, il y a quelques mois, à réfléchir à la notion de personnalité. Alors, je dépoussière mes vieux papiers pour partager succinctement cette réflexion.

 

La personnalité

La personnalité est bien dure à définir. On pourrait simplement dire qu’elle est quelque chose de nous qui essaye de croître et de grandir tout au long de notre existence (ou « avant 6 ans ! », selon d’autres). La construction de cette personnalité se module et s’agence en fonction de notre histoire de vie, de nos manques, de nos faiblesses, de nos blessures. Des blessures qui sont plus souvent recouvertes (d’un linceul, évidemment, car elles sont autant de de morts dans l’âme) que traversées et sublimées. De fait, dans les jours de grandes tempêtes (les fameuses « crises », comme la célèbre crise « du milieu de vie » plus connue sous le nom de « crise de la quarantaine »), le linceul glisse et laisse réapparaître ces parties inertes et froides de l’âme.

Mais … s’il y a des blessures, c’est qu’il existe un « corps » préexistant à celles-ci. Cela veut-il dire qu’il y aurait une identité préexistante à notre « personnalité » ?

 

La persona

Le mot personnalité vient du mot latin « persona », lui-même dérivé du grec ancien, désignant le masque de théâtre antique que les grecs utilisaient durant leurs représentations.

Un masque : voilà qui en dit long ! Mais … que viendrait-elle cacher, cette personnalité-masque ?

A première vue, on pourrait se dire : elle vient masquer le monde intérieur de l’Homme à la vue du monde extérieur. Celui-ci devenant le lieu d’une « représentation » au sens le plus théâtral du terme. Cela est assez facile à imaginer : nous expérimentons tous le fait que la société, la culture, la famille, etc. imposent ses rôles et ses déterminants sociaux. D’ailleurs, le propre du masque du comédien antique était de permettre au public de prédire l’action du comédien …

Mais j’aimerai aller encore plus en profondeur, en supposant que la personnalité-masque sert aussi – surtout – à masquer à notre vie psychique superficielle (constituée de la vie consciente et inconsciente, objet d’étude de la psychologie) l’existence d’une véritable identité. Une identité vraie et immuable. Nous y reviendrons dans quelques instants.

Bref, le détour par l’étymologie est riche de signification. Si notre personnalité est un masque, et plus largement, une « représentation », nous sommes en droit de nous poser la question : à quel moment nous exposons-nous en vérité ? A quel moment nous « présentons »-nous au monde et à notre propre regard, tel que nous sommes ? Et finalement, si ma personnalité n’est qu’une « mise en scène », alors … qui suis-je réellement ?  

 

La personnalité : une manière d’être

Wikipedia précise que, dans l’acceptation contemporaine, la personnalité est notre « manière d’être ». Voilà une expression intéressante qui interpelle : la « manière d’être » n’est pas « l’être », sinon nous n’aurions pas eu la nécessité d’accoler le mot « manière » !

Et que veut-il dire ce mot « manière » ?

Il vient du latin « manuarius » signifiant … « que l’on tient en main ». Ah ! Notre personnalité est donc le contrôle que nous prenons sur notre être. Notre personnalité c’est : l’être-que-je-tiens-en-main. Cela sonne comme un air de toute-puissance et d’orgueil. Avec un arrière-goût du drame de la Genèse : cet homme et cette femme s’arrogeant le droit de cueillir, de prendre en main ce qui ne leur appartenait pas (encore).

Au-delà de la  « manière d’être », pouvons-nous faire l’hypothèse qu’il existe un « être » ? Et si tel est le cas, pourquoi ce besoin de « le tenir en main », de le contrôler, de le posséder ? N’est-ce pas parce qu’il ne nous appartient pas tout à fait ? De fait, on ne tient en main et on ne cherche à contrôler que ce qui ne nous appartient pas et nous échappe. Alors, cet « être » à qui est-il ?

 

Derrière le masque, « Je suis »

Cette identité au-delà du masque, au-delà du contrôle que l’on exerce sur elle, je la ressens comme une identité stable et immuable. Une identité inchangée, qui n’est pas conditionnée par le conscient et l’inconscient, par les blessures de la vie, par le mal, par la souffrance et les fragilités, par les multiples attentes qui pèsent et enchaînent notre vie intérieure.

Cette identité est un Mystère, au même titre que Dieu. De fait, elle est probablement un mystère – et une identité – d’essence divine : « Je suis ». Dieu est la clé même de notre identité de par le Nom qu’Il se donne : « Je suis celui qui est ». Le seul véritable Etre. Mais parce qu’Il a créé l’Homme à son image et à sa ressemblance, alors nous aussi nous sommes appelés à « être ». Pas seulement des créatures, mais des êtres. Cependant, cette identité propre est tout aussi voilée que l’identité divine. Car intimement lié l’Un et l’autre. L’Un étant la source et l’origine de l’autre. De fait il y a un mouvement commun : plus nous nous approchons de Dieu, plus nous nous approchons du véritable « moi », du « je suis » qui résonne au centre de notre être. Et plus nous nous éloignons de Celui dont le Nom est « Je suis », plus nous nous éloignons de nous-mêmes.

« Nous le savons : lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est ». (1 Jn 3, 2-3)

Cet être à l’image divine, nous l’avons vu, ne nous appartient pas … du moins, pas tout à fait. Cet être, il est à Dieu. Mais nous tentons de nous l’approprier en le remodelant à notre « manière », de nos propres mains. Notre personnalité est cette part de nous qui ne repose plus tout à fait entre les mains de Dieu. Nous avons voulu « mettre la main » sur ce que nous avons cru être notre possession, mais qui en réalité ne trouvait son sens et sa réalisation que dans l’Etre de Dieu, dans ce « Je suis ».

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