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"Voici l'Homme"

"Voici l'Homme"

La virginité consacrée, vous connaissez ?

Publié par Emilie sur 3 Janvier 2015, 19:42pm

Catégories : #vierge consacrée, #virginité consacrée, #Vatican II, #vocation, #Eglise

La virginité consacrée, vous connaissez ?

A l’occasion de la sainte Geneviève, grande figure de l’histoire de France mais aussi vierge consacrée, je me permets un rapide commentaire sur la réapparition de l’antique Ordo Virginum – l’Ordre des Vierges Consacrées -  réapparues dans l’Eglise depuis le Concile Vatican II.

La virginité consacrée dans l’histoire de l’Eglise

Je résume ici les quatre grandes phases de l'histoire de la vie consacrée en m'appuyant directementsur le texte du père Bernard Peyrous (http://vierge.consacree.free.fr/page%20histoire.htm)

Dans l’Antiquité, la vie consacrée féminine (c’est-à-dire le don absolu d’une femme à Dieu dans le célibat) est parfaitement anormal. Mais pour les premiers chrétiens, tout change avec les modèles de Jésus et de Marie. Déjà, dans l’Eglise primitive, saint Paul mentionne l’existence de jeunes filles désirant vivre cet état de virginité : c’est la naissance de la virginité consacrée. Celle-ci est protégée, mise à l’honneur (on peut relire les grands traités au sujet des vierges consacrées, notamment ceux de Tertullien et de saint Ambroise). A cette époque « la virginité consacrée est tellement inattendue, tellement éloignée de la sexualité environnante, qu’elle a une force de provocation ».

Au IVème siècle débute la période monastique. Les femmes se retirent alors progressivement dans les monastères, à l’exemple de sainte Scholastique, sœur de saint Benoît. Naît la pratique des trois vœux (chasteté, pauvreté, obéissance).

Au XVIe et XVIIe siècles, commence la période des « congrégations » c’est-à-dire des communautés de femmes de vie active, d’évangélisation « directe ». Les femmes vivent dans le monde et non plus seulement dans les cloîtres. La vie monastique se rapproche ainsi de la société et se transforme.

Au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, un constat évident : le catholicisme et la société s’éloignent l’un de l’autre. Naissent alors les Instituts séculiers et, encore plus récemment, les « Communautés nouvelles », dont le but est de vivre au cœur du monde. Pour réévangéliser ce dernier, « Dieu redonne à son Eglise les grâces mêmes des origines chrétiennes ». De nouveau, le célibat et la virginité consacrée ont valeur de « provocation », d’interrogation.

 

Mais où en est-on aujourd’hui ?

Il est étonnant de constater que depuis sa réapparition, la virginité consacrée est comme entourée d’un flou. Au Concile Vatican II, malgré le vent de renouveau et l’ampleur des travaux, seulement une phrase la mentionne (Const. Sacrosanctum Concilium n°80), demandant brièvement que le rituel – uniquement réservée aux moniales depuis 1950 – soit soumis à révision. En 1970 la Congrégation pour le Culte divin publie le rituel révisé, en l’ouvrant désormais aux femmes vivant dans le monde, c'est-à-dire aux personnes auxquelles il avait été destiné à l’origine (mais sans expliquer plus avant les raisons de cette (ré)ouverture qui avait été explicitement refusée par le Saint Siège seulement quarante ans auparavant en 1927). 

Puis, il semble qu’il n’y ait plus aucun apport, doctrinal ou « pratique ». En 1994, Jean-Paul II convoque les Evêques pour un synode sur le thème de la vie consacrée. Dans leur Instrumentum Laboris, les Evêques font cette remarque au sujet de la virginité consacrée :

« Pour le moment on ressent spécialement la nécessité de critères permettant d’approfondir les normes destinées aux vierges consacrées, associées ou non, en maintenant leur spécificité et en explicitant mieux leur vocation et leur mission. »

Un an auparavant, le jésuite J.Beyer écrivait :

« La vie en groupe a d’ailleurs mis en cause les formes individuelles de vie consacrée les plus anciennes et les plus originales : la vie érémitique ou anachorétique, la virginité et le veuvage consacré. Le Concile n’en dit rien ou à peu près rien. Une vision plus générale et plus complète s’avère donc de plus en plus souhaitable. Peut-on espérer des évêques réunis en synode non seulement une réflexion « pastorale », mais des prises de position doctrinales et pratiques, qui permettraient un progrès en la matière ? »

Il ajoute plus loin :

« On voit difficilement à qui peuvent s’adresser et par qui peuvent se faire entendre les ermites, les vierges consacrées, les veufs et les veuves qui veulent se consacrer à Dieu et exercer une action apostolique propre. »

Depuis 1994 (il y a donc 20 ans), il semble qu’aucun « critère » n’ait été défini, qu’aucune « position doctrinale et pratique » n’ait été prise. Les vierges consacrées ont « simplement » à leur disposition de magnifiques textes, conférences, homélies d’Evêques – isolés ? – sensibilisés à la question de la virginité consacrée (notamment deux discours du pape Jean-Paul II en 1996 et du pape Benoît XVI en 2008). Mais cette vocation reste encore méconnue de la grande majorité des baptisés, et, plus problématique : des prêtres voire de certains Evêques eux-mêmes. Ce qui explique bien l’inquiétude, le désarroi, voire, malheureusement, le désengagement de certains lorsqu’une femme se présente à eux comme candidate à la virginité consacrée.

Il me semble même, qu’au-delà d’un manque de « critères », ce qui fait cruellement défaut, c’est une réflexion profonde sur l’essence même de cette vocation. Le jésuite J.-M Hennaux, affirmait en 1989 que « le rétablissement de l’ordre des vierges dans l’Eglise par Vatican II apparaîtra peut être de plus en plus comme un des actes les plus significatifs et les plus prophétiques du Concile ».

L’essence de cette vocation – dont nous avons encore tout à (re)découvrir – soulève des questions cruciales et éminemment contemporaines. Je pense d’abord à la place de la femme dans l’Eglise et dans le monde (un thème cher à notre Pape François). Mais aussi à la question de la virginité en lien avec le célibat des prêtres (les vierges consacrées ne sont-elles pas un signe de contradiction / de provocation pour notre monde, et un « soutien » pour les prêtres que l’on estime incapables de vivre le célibat ?).

… Au sujet de la « qualité » de nos vies paroissiales et diocésaines

La virginité consacrée soulève encore la question de notre manière de vivre en communauté au sein de nos paroisses, de nos Eglises particulières. Nombre de fois, on peut entendre : « les vierges consacrées ne vivent pas en communauté : elles ne peuvent pas tenir ». S’il est facile de comprendre l’avertissement ainsi formulé, il n’en reste pas moins qu’il vient durement questionner la « qualité » de nos vies en communautés paroissiales et diocésaines. Si la vocation de la virginité consacrée dans le monde semble un si grand défis … n’est-ce pas signe que nous avons (aussi) du mal à vivre la vie communautaire et fraternelle au sein de nos paroisses ? La question est dure, mais mérite d’être posée. Le retour de la virginité consacrée, n’est-ce pas en même temps un appel du Seigneur à retrouver l’esprit des communautés des premiers temps ?

… Au sujet de la vocation au mariage

Enfin, la question de la virginité consacrée est évidemment indissoluble de celle du mariage. Là encore mes propos seront durs. Le constat est assez simple à faire : le parcours à la virginité consacrée est parfois « rude » pour les jeunes femmes. Car il fait naître de grandes inquiétudes chez ceux qui reçoivent la candidate. Le site du Service national des jeunes et pour les vocations prend quelques précautions : « pour être consacrée, il faut avoir entre 30 et 35 ans ». Il est loin le temps de sainte Geneviève qui fut consacrée à 14 ans ! C’est parce qu’il s’agit tout de même d’une consécration définitive !, dit-on. Mais … n’en est-il pas de même pour les jeunes couples que nous marions avec parfois 2 ou 3 « soirées de préparation » ? « Tremble-t-on » de la même manière lorsqu’il s’agit de donner le sacrement du mariage aux époux ? La vive inquiétude qui naît devant cet « inclassable » qu’est la virginité consacrée vient mettre en exergue, me semble-t-il, l’absence de « crainte » avec laquelle nous accompagnons les couples (je parle ici de cette « crainte » qui nous saisit lorsque nous approchons le Sacré).

La virginité consacrée, qui est réapparue sous l’impulsion de l’Esprit Saint, est d’une richesse insondable pour notre monde et pour notre Eglise contemporaine. Elle rejoint des problématiques d’une grande actualité. Ne serait-il pas temps d’approfondir notre compréhension de cette vocation ? De nous intéresser, en profondeur, à son essence même ? Le temps n’est-il pas venu de répondre à la remarque soulevée par les Evêques en 1994 ; afin de nous engager à « encadrer » cette vocation ? On pourrait l’espérer avec l’entrée dans l’année de la vie consacrée, tout juste 20 ans après le synode initié par le Pape Jean-Paul II, sur le même sujet.

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