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"Voici l'Homme"

"Voici l'Homme"


L'impatience divine

Publié par Emilie sur 25 Octobre 2013, 06:48am

Catégories : #Evangile, #feu, #impatience, #Croix, #baptême

L'impatience divine

Evangile (Luc 12, 49-50)

Jésus disait à ses disciples : « je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême, et comme il m’en coûte d’attendre qu’il soit accompli ! »

 

Méditation

Ce qui m’interpelle le plus dans cette Parole, c’est l’impatience de Jésus. Une véritable impatience : de celle qui « coûte », qui font souffrir (puisque souffrir c’est aussi attendre, selon l’étymologie) – André Chouraqui traduit d’ailleurs « il m’en coûte d’attendre » par « je suis oppressé ». La Bible de Jérusalem, elle, parle de l’ « angoisse » de Jésus. Comme si le Christ perdait son souffle, le retenait ... Mais ne s’agit-il pas d’ailleurs exactement de cela ? Il retient le Souffle. Il retient l’Esprit. Parce que ce n’est pas encore son heure. Ce n’est pas encore l’heure de la Croix, l’heure où Jésus rend son dernier souffle et le premier Souffle de l’Esprit à l’humanité. Ce n’est pas encore l’heure de se laisser transpercer la poitrine pour exposer le Cœur de Dieu au monde. Pas encore ... Mais presque ... Dieu qui s’est fait homme – ce Dieu éternel et hors du temps – souffre de notre condition humaine qui est inscrite dans le temps ... un temps qui passe parfois si lentement. Un temps qui s’écoule cruellement lentement pour Celui qui porte le plus grand projet de Dieu : l’Amour et le Salut. Le Messie expérimente donc la souffrance de l’attente et de l’impatience. Et comme cela est beau ! Comme cela est révélateur de l’Amour dont Il brûle pour l’Homme !

C’est une souffrance que nous ne devrions pas sous estimer. Jésus est plongé depuis trente ans dans notre monde, sur notre terre, à côtoyer des hommes et des femmes blessées par leurs péchés mais aussi par ceux des autres. Blessés par les esprits mauvais aussi, qui n’ont d’autres plaisirs que de faire chuter ceux qui sont nés d’un désir divin. Jésus est au milieu de nous, contemplant notre pauvreté, notre petitesse, notre défiguration ... Et comme cela doit l’affecter terriblement ! Comme cela doit le « torturer » : lui tordre le Cœur. Ce même Cœur qu’Il désire livrer pour nous sortir de ces souffrances et de cette défiguration. Mais l’heure de se livrer n’est pas encore arrivée. Elle est si proche pourtant ... Plus proche que jamais ... Mais elle n’est pas encore là. Quelle impuissance le Christ a du expérimenter à travers cette impatience. Mais en nous dévoilant cette souffrance silencieuse, Il nous dévoile surtout l’ardeur de son Amour. Est-ce que nous nous rendons compte : Dieu s’est rendu « impatient » de nous sauver, de nous ramener à Lui !

Réalisons que notre rachat n’a pas été coûteux pour le Christ uniquement lorsqu’Il était sur la Croix ... mais toute sa vie durant. Le rachat a commencé dès son Incarnation. C’est ce que nous dit cette Parole (peut être) : « comme il m’en coûte ».  

Le Christ semble impatient au sujet de deux choses : le feu – qui n’est pas encore allumé – et le baptême.

Commençons par le feu. On comprend rapidement que ce feu est celui de l’Amour (cet amour dont les « traits sont des traits de feu, une flamme de Yahvé » dit le Cantique des cantiques). Mais plus précisément encore il s’agit de l’Esprit Saint, de l’Esprit d’Amour. Le Christ vient « apporter un feu » : c’est donc qu’il ne s’agit pas d’un feu terrestre, mais d’un feu divin – Lui qui est envoyé de Dieu, qui « était tourné vers le Père » (1 Jn 2). Mais qu’est-ce qu’un feu divin ?! Probablement « un feu dévorant » ; bien plus brûlant que les petites flammèches au fond de nos cœurs. (Un feu qui dévore probablement déjà le Cœur du Christ à en juger par son impatience et ce que cela fait naître de souffrance). Mais pour nous : l’heure n’est pas encore venue. Le feu n’est pas encore allumé. Mais pourquoi donc ? Que manque-t-il pour allumer ce feu dans nos cœurs ? Avant de répondre, regardons le deuxième sujet d’impatience.

Le baptême. « Je dois recevoir un baptême ». Comme cela est étrange ! Il devait être déjà bien surprenant de voir Jésus être baptisé par Jean dans le Jourdain quand on acceptait de le croire Christ, oint de Dieu, Fils unique du Père ... « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et toi, tu viens à moi ! » dit Jean dans sa stupeur. Mais quelle n’aurait pas été sa surprise s’il avait entendu cette Parole du Christ : « je dois recevoir un baptême ». Quoi ? Un nouveau ? Encore un ? Le premier semblait déjà « inutile » pour le Saint des saints ... mais un second ! Une fois de plus, ce n’est toujours pas le Christ qui baptise car il le « reçoit », comme il l’a reçu de Jean. Cependant, à la différence du baptême de Jean, ce n’est pas dans l’eau que le Christ sera immergé, mais dans le sang et la mort. Le baptême cela signifie étymologiquement « plonger dans un liquide ». Le Christ a à être plongé dans le sang – le sien – et dans la mort si souvent figurée par l’eau et la mer. Je ne désire pas rentrer ici plus avant dans les propos sur le baptême. Ce que nous constatons néanmoins dans cette phrase, c’est la docilité du Christ, son obéissance : Il accepte une fois de plus de « recevoir » ce baptême. De qui ? De Dieu, puisqu’Il s’agit de son dessein de Salut. Mais des Hommes aussi, puisqu’il s’agit de nos péchés que le Christ a porté jusque dans sa chair. Docilité donc ... mais aussi désir : « il m’en coûte d’attendre ». Le Christ désire et Aime tellement l’Homme qu’Il ne regarde pas ces liquides qu’Il va devoir traverser douloureusement et dans lesquels Il sera violemment immergé ... non ... Il ne perd pas de vue son objectif : le rachat de l’Homme. Et retrouver cette présence réciproque : présence de Dieu en l’Homme et présence de l’Homme en Dieu. Bref, pour conclure, ce nouveau baptême, nous le pressentions : c’est la Croix.

Alors, revenons à notre question sans réponse : que manque-t-il pour allumer ce feu dans nos cœurs ? Du bois mort ! Le bois de la Croix, la mort du Christ. C’est de ces deux éléments que le Feu prend et se répand sur la terre, dans le cœur de tous les hommes. Par sa mort le Christ (nous) rend l’Esprit, préfiguration de la Pentecôte. Par son retour auprès du Père, le Christ nous envoie « l’autre Paraclet », l’autre Avocat [signe que le Christ n’était décidément pas venu pour nous juger mais pour nous justifier et nous défendre] qui enflamme notre cœur d’un « feu dévorant » pour notre Dieu et pour nos frères. Mais une condition demeure néanmoins – pour vivre de ce Feu : devenir nous aussi du « bois mort » (« celui qui perd sa vie pour moi... »). Car c’est en devenant du bois mort au monde, mort à soi, que le feu de l’Amour de Dieu (qui est aussi désir de Dieu) peut embraser notre cœur, le réchauffer et l’illuminer, sans jamais le consumer. Cela me fait penser à ce beau dialogue entre Mara et sa soeur Violaine dans L’annonce faite à Marie de Paul Claudel :

Mara : Certes son amour est grand.

Violaine : Comme celui du feu pour le bois quand il le prend 

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