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"Voici l'Homme"

"Voici l'Homme"


L'art (très humain) de s'émerveiller

Publié par Emilie sur 3 Octobre 2013, 19:44pm

Catégories : #louange, #émerveiller, #science, #création

L'art (très humain) de s'émerveiller

Alors que nous fêtons demain la fête de St François d’Assise, il m’apparaît que l’Homme moderne semble avoir perdu – du moins, oublié – une capacité qui lui est propre, dont il a reçu le privilège devant toute autre créature. Une aptitude qu’il est le seul à posséder comme un bien précieux offert par son Créateur. La capacité de s’émerveiller.

Comme nous en sommes bien loin dans notre monde contemporain ! Comme cela nous semble être le lot des naïfs et des simples d’esprit, des enfants et des ignorants (ceux à qui appartiennent le Royaume des Cieux, soit dit en passant) ! Et pourtant, sans émerveillement, impossible d’accéder à la louange. François en est bien l’exemple le plus resplendissant : celui qui s’émerveillait de tout, qui appelait chaque créature sa sœur, lui que l’on surnomme le « fou de Dieu », qu’on traitait de « pazzo » sur les places publiques, était un homme de louange. Et il louera jusqu’au bout, jusqu’à rajouter une petite strophe en l’honneur de sa « sœur la mort ».

L’émerveillement : quelques caractéristiques

Pour s’émerveiller, il faut avoir un regard bien particulier. Ce regard est humble : il admet que beaucoup de choses en ce monde lui échappent. Il admet la petitesse et la fragilité de son être, ainsi que sa mort. Il admet de ne pas tout savoir, de ne pas tout pouvoir. Il quitte la toute-puissance et le fantasme de l’immortalité, dirions-nous en psychologie. C’est un regard qui accepte d’être remis à sa juste place, c'est-à-dire face à son impuissance parfois, à ses limites toujours.  

C’est aussi un regard ouvert sur le beau, le bien et le bon ... même à travers le mal et les ténèbres, le brouillard et le laid. Même à travers l’apparence trop souvent trompeuse. Un regard qui sait aller au-delà et traverser les voiles.

C’est un regard qui prend le temps, un regard patient. Car discerner le beau, le bien ou le bon dans une créature ou un être demande parfois du temps. Mais surtout, lorsque ces trésors nous apparaissent, nous suspendons le temps pour goûter à la merveille que nous venons de découvrir.

C’est un regard vers l’extérieur qui transforme notre être intérieur ; justement pour la raison citée plus haut : parce que ce regard nous remets à notre juste place en ce monde. Nous force à nous confronter à la réalité de notre être. Mais aussi parce qu’inévitablement, l’émerveillement nous dévoile la présence d’un Autre plus grand que nous. Un Créateur tout-puissant, une force créatrice qui nous dépasse ; que l’Homme a toujours cherché à nommer (la Nature, Dieu ou les dieux, le grand Tout, etc.).

C’est un regard qui, parce qu’il transforme notre être intérieur, transforme par ricochet nos relations avec les autres et le monde qui nous entoure. L’émerveillement nous apprends le respect, l’altruisme, la charité ... et il nous force à prendre nos responsabilités et nous donne l’audace de servir le bien commun.

Oh, si nous savions nous émerveiller ! Si nous savions nous émerveiller de l’Homme, il ne serait plus ainsi maltraité à travers le monde. Si nous savions nous émerveiller de son corps, il ne serait plus considéré comme une vulgaire machine à notre disposition, mais comme notre être, si merveilleusement conçu et pourtant si fragile. Si nous savions nous émerveiller de la vie, nous la protégerions !

Malheureusement, l’ « homme moderne » semble avoir perdu ce goût de l’émerveillement. Serait-ce dû à l’avancée de ses connaissances scientifiques ? Si c’est le cas, alors il s’agit d’un détournement vicieux et néfaste de la science ! Car, comme le disait Pasteur : « un peu de science éloigne de Dieu, beaucoup de science y ramène ». Un peu de science « blase », mais beaucoup fait naître l’émerveillement.

La science est une voie privilégiée de l’émerveillement ! Car plus nous découvrons, et plus nous restons sans réponse sur le grand « pourquoi », cette question si centrale en tout être humain. La science ne peut répondre à la question de la création. La question du « avant ». La question de l’origine. Le Big Bang en est un bon exemple : il s’agit de la naissance d’un univers en constante expansion à partir de ... ? De rien. Mais est-ce possible de créer à partir de rien ? La philosophie scientifique pose ces questions si passionnantes.

Aujourd’hui, l’homme ne s’étonne plus, ne s’émerveille plus car « il sait ». Et celui qui s’émerveille est, par conséquence, un simple d’esprit. Quel orgueil ! Depuis quand savoir est synonyme de pouvoir ? Car la science n’est rien d’autre qu’une explication des lois de l’univers. Elle n’est en rien capable de le créer. La science ne créé pas : elle explique et reproduit. Ce n’est pas la formule H2O qui créé l’eau.

Alors qui dispose de cette force créatrice ? Ce n’est pas l’homme (du moins, pas l’homme sans le secours de l’Esprit). L’homme produit et reproduit ce qu’il voit et observe autour de lui, dans le monde qui l’entoure. Il produit des œuvres et des objets, des pensées et des sons qui sont le fruit de sa conception du monde qui l’entoure et de ce monde intérieur où il demeure (l’âme, le corps, l’esprit).  

Le savoir ou la capacité à nommer toute chose

Ce que nous venons de dire se résume dans la phrase suivante :

 « Yahvé Dieu modela encore du sol toutes les bêtes sauvages et tous les oiseaux du ciel, et il les amena à l’homme pour voir comment celui-ci les appellerait : chacun devait porter le nom que l’homme lui aurait donné » (Gn 2, 19)

Il me semble que notre capacité intellectuelle et la définition de la science sont définies dans cet extrait de la Genèse : l’Homme est appelé à nommer les créatures de Dieu. La science est justement cette aptitude à mettre des noms, au sens large du terme : des symboles, des explications, des formules, telles que le mot « eau » ou « H2O ». Mais nous ne faisons jamais que nommer des réalités qui existent déjà, et dont nous ne sommes pas les créateurs. Et nous aurons beau mettre tous les noms possibles sur les phénomènes et les « choses » de ce monde, nous ne serons jamais créateurs. La vie nous échappe toujours. Car ce n’est jamais nous qui la donnons.

L’émerveillement, c’est donc aller au-delà du savoir pour admirer les œuvres dont je ne suis pas l’auteur ni le créateur. S’émerveiller, c’est prêter l’oreille à ce que chaque créature me dit de Dieu, m’apprend sur son Créateur. S’émerveiller, c’est aller au-delà de mon orgueil pour m’apercevoir que je suis bien petit et fragile, mais néanmoins précieux. C’est reprendre ma place d’Homme – celui qui nomme les créatures – pour mieux me tourner vers le Créateur.

De là naît la vraie louange. 

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G
Magnifique ! Merci pour ce très beau texte ! <br /> En effet, aimer la vie, et nous y émerveiller pourrait nous faire passer comme un "simplet" aux yeux des autres. <br /> Et pourtant c'est ainsi que l'on cultive la joie, et on le contentement. <br /> Justement Jésus nous a dit qu'on doit être comme des enfants !
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