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"Voici l'Homme"

"Voici l'Homme"


"Il est bon de toucher, mais saisir est préférable"

Publié par Emilie sur 7 Avril 2013, 20:45pm

"Il est bon de toucher, mais saisir est préférable"

Aujourd’hui, à la messe, tombant nez à nez avec nos deux nouvelles burettes, je suis prise d’un profond agacement. Une part de moi me souffle que cela est ridicule de s’énerver pour si peu, qu’il ne s’agit que de « formes » qui n’altèrent en rien le « fond ». Et pourtant, j’ai beau me répéter cela, rien n'y fait.

Les émotions sont des faits des plus concrets : si l’on est énervé, il n’y a rien à redire sur la nature de cette émotion. Mais si l’on ne veut pas être l’esclave de ses affects, il convient de chercher à les comprendre, à les analyser.

Pour cela, je refais la liste de toutes ces petites choses qui m’irritent. Il y a le latin, l’encens, les objets clinquants, les tissus qui recouvrent (le calice, la patène, etc.), les gestes contenus (éviter de toucher au lectionnaire ou à l’hostie, etc.). Quel est donc le point commun de toutes ces « formes » de la liturgie qui produisent en moi cette même émotion négative ?

Après un moment de méditation et d’analyse, je crois trouver ma réponse : ces objets ou attitudes éloignent. Ils « mettent à distance ». Et ce de plusieurs manières. D’abord, les objets qui recouvrent – comme les tissus : ils cachent et ils séparent. (D’ailleurs, le « hasard » a fait qu’aujourd’hui une personne est venue me voir pour me demander pourquoi certaines personnes gardaient toujours leurs volets fermés ... Je crois que ces tissus qui recouvrent sont pour moi comme des volets fermés. Ils séparent deux mondes : l’intime du monde extérieur pour ces volets, l’humanité de la Divinité pour ces tissus). Ensuite, il y a le latin qui sépare la parole de mon cœur. Il y a enfin les gestes contenus qui touchent du bout des doigts ou du bout des lèvres.

Mais ... moi je ne veux pas toucher du bout des doigts ! Moi je veux serrer dans mes bras !

Cette « mise à distance » me blesse. Et elle me fait d’autant plus mal que je culpabilise de ne pas être aussi pleine de révérence et de réserve quand il s’agit de s’approcher du Seigneur. Mais si je culpabilise, je n’ai pourtant aucun désir de me tenir ainsi à distance de Dieu, même par respect. Me voilà donc tiraillée.

Suis-je si irrespectueuse ?

Mais ... moi je ne veux pas me mettre à distance « respectueuse » du Seigneur ! Je veux qu’Il soit avec moi à chaque instant et surtout lorsque j’ai les deux pieds sur Terre, dans la boue infecte de mon humanité et de celle des autres ! Je veux que le Seigneur soit au plus près de moi lorsque tel homme vient de se faire amputer la jambe. Lorsque tel autre est déformé par le cancer. Lorsque telle femme est touchée par la démence. Lorsque tel proche me blesse. Lorsque je blesse un proche. Lorsque je me blesse moi-même. Me reviennent en mémoire quelques rencontres et évènements de vie violents. Chacun a les siens et personne n’en est épargné. Or, c’est là que le Seigneur est le plus proche. Dans la misère humaine. Dans ce qui est laid en nous.

Comment imaginer que je puisse mettre une distance entre ce Cœur si plein d’Amour et le mien, sous prétexte qu’Il est Divin ? Certes, Il l’est, mais doit-Il être pour cela l’objet de révérences « aseptisés » ? Lui-même n’a pas eu peur de venir sur notre Terre, prenant notre humanité, portant nos péchés (portant le poids de nos conneries, de nos guerres, de nos génocides, de toute cette somme monumentale de méfaits), partageant notre condition de vie misérable, subissant probablement la maladie ou je ne sais quelle autre « banalité » d’apparence si fade et basse de notre condition humaine, ... et, allant jusqu’à accepter d’avoir le corps déchiré, couvert de crachats et d’immondices, de plaies et acceptant de laisser couler son sang sur la poussière de cette pauvre Terre, le répandant pour notre humanité si crasseuse.

Alors, après tout cela, pourquoi le toucherai-je du bout des doigts ??!!

Pourquoi aurai-je peur de Le "salir" d'une touche de mon humanité alors que Lui-même a embrassé cette humanité (dans tous les sens du terme), et que de Lui-même, Il nous a lavé les pieds, les a tendrement embrassé ... Et que dis-je : pas seulement les pieds mais la tête et le corps tout entier !

Le plus fou dans cette histoire, c’est qu’après cette brève méditation, me voilà en train de lire un texte de St Bernard de Clairvaux. Choisissant « au hasard » un chapitre, je tombe sur la phrase suivante : «Il est bon de toucher, mais saisir est préférable [...] Aussi l’épouse (l'âme) désire non seulement toucher, mais encore embrasser et étreindre le Verbe de vie ».

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B
merci à vous !<br /> cette approche rejoint pour moi celle des Coptes : lorsque je les ai vus saluer un de leurs évêques à distance, j'ai été surpris de tant de révérences; mais ils ont continué, s'approchant, jusqu'à lui donner une accolade, en l'embrassant.<br /> Et de même, j'avais vu les moines de Bellefontaine s'incliner, à la consécration, en faisant un pas en avant - quitte à risquer de télescoper leur voisin du rang devant ; ce geste a donné pour moi une nouvelle signification aux courbettes de respect et d'adoration : c'est un câlin ! et dans le sein de Dieu - comme Marguerite posait ses bras sur les genoux de Marie.
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I
Ce que tu dis est sensé, néanmoins je pense qu'il est important d'avoir l'explication de tous ces rituels liturgiques. Il doit forcémment y avoir une raison à l'existence de toutes ces petits choses ...
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