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"Voici l'Homme"

"Voici l'Homme"


Où cours-tu ?

Publié par Emilie sur 22 Mars 2013, 10:55am

Catégories : #présent, #avenir, #passé

Où cours-tu ?

Les lectures de ces derniers jours nous donnent à réfléchir sur le temps qui passe et sur la présence à soi, aux autres, à Dieu. Aujourd’hui, nous entendons Jésus nous dire – comme son Père l’avait Lui aussi annoncé à Moïse – « Je Suis », « Je suis celui qui suis ».  

Il y a quelques mois, je réalisais avec surprise que le mot « présent » reflète deux réalités : une réalité temporelle, de « conjugaison » (le présent de l’indicatif, etc.) et une réalité physique (être présent à quelqu’un, dans un lieu, etc.). Mais la véritable surprise était de réaliser à quel point Dieu est au carrefour de ces deux réalités : Dieu est présent au présent, il est la Présence au présent … Dieu est « Je suis ».

Etymologie

Une fois encore l’étymologie nous dévoile toute la profondeur de ce qui nous semble être notre quotidien langagier, trop banal. Le mot « présent » vient du latin « praesens » signifiant « être devant », « être à la tête ». Etre à la tête … Notre première étape nous confirme ce que nous disions à l’instant : le présent est bien l’essence du Christ, Lui qui est la tête de l’Eglise (Ep 1, 22). Mais poursuivons. Ce mot a deux composés :

  • Prae- signifie devant et est lui-même composé de pro, signifiant avant, et de –ae qui est un locatif. Il y a donc bien dans le « prae » de présent, la réunion d’un temps (« avant ») et d’un lieu.

Le mot « avant » est très ambigu car il désigne à la fois une antériorité de temps, un passé, mais aussi une direction, un mouvement vers l’avenir. Dans les lectures de dimanche nous entendions Saint Paul dire : « une seule chose compte : oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant, je cours vers le but pour remporter le prix ». Dans le « prae » de présent existe donc à la fois le passé et l’avenir.

  • Et Sum qui signifie être. Cette racine latine vient de l’indo-européen signifiant … « je suis » ! Là encore nous retrouvons l’essence de Dieu, le Nom de Dieu.  

Toutes ces dimensions se regroupent en un seul mot pour désigner une réalité qui nous dépasse : une réalité à la fois temporelle, locative, physique et surtout : divine. Le présent est à la fois un temps et un lieu, tenant compte du passé et de l’avenir mais sans s’y réduire, sans en être affecté : « Je suis » est le même au passé et au futur car il est d’essence « présent », immuable. Et en cela, Il est notre rocher, notre roc, la pierre angulaire qui donne l’assise solide pour nos êtres.

Le présent est aussi une réalité physique : il ne s’agit pas simplement d’un « présent » mais d’un « être présent » : être présent à soi, à l’autre, à Dieu, être devant soi, devant l’autre et devant Dieu. Tout être n’existe qu’au présent. Le passé n’est plus et le futur n’est pas encore. Tout comme l’Etre divin, l’être humain (qui est à l’image de Dieu) ne peut se conjuguer qu’au présent : « je suis ». Car le passé n’est plus et l’avenir n’est pas encore. Or, c’est peut être là que le bât blesse dans notre époque contemporaine où l'humanité court et s'agite en s'oubliant, en se perdant.

Mais après quoi court-elle ? Ne serait-ce pas plutôt une fuite en avant ? Mais une fuite de quoi ? De la douleur du passé ? De l'angoisse du futur ? De sa petitesse et de sa fragilité ? De sa mortalité ? ... Peut être tout cela à la fois. Mais une chose est sûre : en courant ainsi, c'est à dire en ne vivant pas du présent et en s'illusionnant de contrôler ainsi l'avenir, c'est son être qu'elle fuit. Comment pourrais-je dire "je suis" si je passe mon temps à calculer ce que "je serai". C'est une illusion de toute puissance. C'est un écran de fumée derrière lequel nous nous perdons de vue.

 

Où cours-tu ?

Où cours-tu, petite âme ?

Pourquoi t’agites-tu en regrettant le passé et en t’impatientant de l’avenir ?

Pourquoi lever les yeux au Ciel en pleurant sur le passé et en soupirant après l’avenir ?

Alors que Je suis ici.

Ici, c’est ton quotidien.

C’est ton travail. C’est ton repos. Ce sont tes activités et tes distractions. Ce sont tes rêveries et tes fatigues. Ce sont tes courses et tes repas … c’est chaque seconde de ton quotidien.

Ici, c’est ton « présent ». Notre présent : notre présence l’Un à l’autre.

Où cours-tu, petite âme ?

Pourquoi courir d’un lieu à un autre, d’une activité à une autre, d’une obligation à une autre ?

Pourquoi tant d’impatience ?  

Tu t’imagines qu’ainsi tu gagnes du temps pour … mais pour quoi au juste ?

Pour continuer à courir un peu plus et, en réalité, perdre ton temps !

Perdre ton temps présent.

Perdre notre présence.

Te perdre toi,

Et Me perdre Moi.

Toi qui cours,

Vois comme cette recherche du « toujours plus vite »,

Est en réalité une tentation d’être « toujours moins présent », de fuir,

De te fuir toi-même,

De fuir les autres,

De me fuir Moi.

Quelle souffrance pour toi dès lors que, étant à mon image,

Et étant moi-même hors du temps passé et futur,

« Je suis ».

Alors que toi tu n’ « es pas »

Car tu conjugues ta vie au futur.

Pourquoi lever les yeux au Ciel, petite âme ?

Car « Je suis » là où « tu es ».

Pourquoi lever les yeux au Ciel et soupirer après ce que tu n’as pas encore ?

Alors que me voilà abaissé, te lavant les pieds ?

Vois, c’est là que Je suis.

Vois, c’est là que tu me trouveras.

Mais me désires-tu tant que tu acceptes toi aussi de t’abaisser ? 

Arrêtes de courir petite âme !

Tu verras alors qui Je suis.

Qui tu es.

Qui nous sommes.

 

« Va, et désormais ne pèche plus »

Un dernier mot sur cette phrase de l’Evangile de ce dimanche 17 mars, sur cette Parole de Jésus adressée à la femme adultère qui m’a toujours laissé un goût amer.

« Va, et désormais ne pèche plus ». Certes Jésus vient de faire preuve de toute sa miséricorde … mais quelle exigence ! « Ne pèche plus » relève de l'impossible car ces mots nous laissent entendre « ne pèche plus jamais », « à l’avenir, ne pèche plus ». Impossible ! Je ne peux pas ne plus pécher ... Alors quoi ? Dois-je tourner le dos et rentrer amèrement chez moi comme le jeune homme riche ? (Mc 10, 17-30).

En réalité, si nous entendons le Verbe dans ce qu’il est : « Je suis », au présent, alors notre interprétation de cette phrase est erronée. Elle ne signifie pas « à l’avenir, ne pèche plus », car le Verbe n’a que faire de l’avenir. Le Verbe dit en réalité que sa miséricorde et son pardon se conjuguent au présent. Et pas le présent de l'indicatif ... le présent divin : celui qui est immuable, celui qui est "présent" quelque soit le temps, l'époque, le lieu dans lequel on désire l'employer. Le "temps" de Dieu, tout son être, est un Eternel Présent. "Moi non plus je ne te condamne pas », n’est pas la phrase d’un instant qui réglemente un futur ("à l'avenir ...") mais c’est une Parole d’éternité, une Parole présente, résonnant à chaque instant, dans chaque être, quelque soit son histoire. Et parce que Dieu est un Eternel Présent,  Il ne se lasse jamais d'aimer. Il ne se fatigue jamais de pardonner. Sans lassitude Il peut dire à chaque seconde : "Moi non plus je ne te condamne pas".

Oui la miséricode de Dieu est un éternel don de Dieu, un éternel cadeau ... un éternel présent ! Encore un nouveau sens de ce mot, qui fait sens. Car à bien y réfléchir, être présent à quelqu'un, c'est bien le plus beau don et le plus beau cadeau que nous puissions faire - à nous-mêmes, aux autres et à Dieu.

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