Trois mots du futur Secrétaire d’Etat du Vatican sur le célibat des prêtres et les médias – français, du moins – s’emballent, ressortent de leurs petits papiers le nom de prêtres défroqués. Les reportages sont bâclés, les interviews tronquées ... ce qui importe ce n’est pas tant de s’intéresser à cet OVNI que constitue le célibat des prêtres pour le monde que de tomber dans ce journalisme de superette qui sait que « sexe, complot, violence et argent » est le quarte gagnant qui fait grimper l’audience. Question d’un journaliste d’Europe 1 à un ancien prêtre : « oui mais ... vous aviez consommé ou pas ? » [Je ne ferais ici aucun commentaire sur le fait que l’utilisation du verbe « consommer » case la femme au rang des boîtes de conserve et des canettes de bière] Car après tout, la seule chose qui intéresse l’opinion publique peut se résumer ainsi (je cite les Inconnus) : « est-ce que tu baises ? »
Non, vraiment, les questions ne sont bonnes à poser que si le mouvement intérieur qui les porte l’est aussi. Si les médias faisaient au moins l’effort de s’intéresser à la question de fond ... Heureusement l’Eglise quant à elle n’a pas attendu les reportages creux de TF1, de France 2 ou d’Europe 1, pour se pencher avec intelligence sur la question du célibat des prêtres et des religieux, religieuses, laïcs consacrés, vierges consacrées, etc. Et à de nombreuses reprises ... Voici en exemple quelques mots issus de l’encyclique du pape Pie XII, « Sacra Virginitas », du 25 mars 1954.
Le vœu de chasteté se retrouve dans la vie religieuse, chez les prêtres, dans les instituts séculiers mais aussi chez de nombreux laïcs. Ils renoncent aux « plaisirs de la chair [...] afin de servir plus librement le prochain et d’unir leur âme à Dieu plus facilement et d’une manière plus intime. » La virginité perpétuelle est une « résolution spirituelle » naissant d’une « libre volonté », permettant de s’ « appliquer aux choses divines » et conduire « plus librement [...] les autres aussi au règne des cieux ». Comme le rappelait Mgr Podvin, il ne s’agit pas d’un choix pris à la légère ... les séminaristes ont plus de sept années de formation devant eux pour réfléchir et discerner.
Ce qu’en dit le Christ
Ce vœu de chasteté/célibat ne sort pas de nulle part. Il prend sa racine dans le Nouveau Testament. Nous pouvons nous rappeler cette parole de Jésus (Mt 19, 12) :
« Il y a en effet, des eunuques qui sont nés ainsi du sein de leur mère, il y a des eunuques qui le sont devenus par l’action des hommes, et il y a des eunuques qui se sont eux-mêmes rendus tels à cause du Royaume des Cieux. Qui peut comprendre, qu’il comprenne ! ».
La virginité perpétuelle est ainsi considérée comme « un des plus précieux trésors » offerte par le Christ à l’Eglise. Elle est avant tout une imitation de l’Epoux, Lui-même vierge et né d’une vierge, ayant donné sa vie et son Cœur non pas à une femme mais à l’humanité entière.
Ce qu’en dit Saint Paul
Saint Paul écrit :
« L’homme qui n’est pas marié a souci des affaires du Seigneur, des moyens de plaire au Seigneur ... Et la femme sans mari, comme la vierge, pense aux choses du Seigneur, pour être sainte de corps et d’esprit. »
« Telle est donc la première intention, telle est la principale raison de la virginité chrétienne ; à savoir d’aspirer uniquement et de diriger son esprit et son cœur vers les choses divines ; de vouloir plaire à Dieu en toutes choses de penser à Lui plus intensément et de lui consacrer totalement son esprit et son corps. »
Le célibat comme disponibilité
Le vœu de chasteté/de célibat n’est pas un vœu ego-centré. Il ne s’agit pas d’un vœu intellectualisé et abstrait. Il s’agit d’un vœu ouvert sur le monde, et concret, qui doit permettre une plus grande disponibilité à Dieu et aux Autres, au genre humain. Saint Paul écrivait :
« Je veux vous voir exempts de soucis ... Celui qui est avec une femme a souci des affaires de ce monde, des moyens de plaire à sa femme ; et le voilà partagé. »
Saint Paul ne blâme pas les « hommes de se préoccuper de leurs épouses, et il ne reproche pas aux épouses de chercher à plaire à leurs maris ; mais il assure plutôt que leurs cœurs sont partagés entre l’amour du conjoint et leur amour de Dieu, et qu’ils sont tiraillés par des soucis aigus, et qu’à cause des devoirs qu’ils ont contractés en se mariant, ils ne peuvent facilement se donner à la méditation des choses divines. ».
Le célibat doit permettre de « pouvoir plus pleinement servir Dieu et se dévouer de toutes leurs forces au bien du prochain. »
« Comment, par exemple, un missionnaire de l’Évangile comme saint François Xavier, un père des pauvres comme saint Vincent de Paul, un éducateur de la jeunesse comme saint Jean Bosco, une « mère des émigrés » comme sainte Françoise-Xavier Cabrini, auraient-ils pu accomplir des œuvres aussi grandes et aussi pénibles s’ils avaient dû pourvoir aux besoins matériels et spirituels d’un conjoint et de plusieurs enfants ? »
Plus loin, le pape Pie XII dénonce l’idée selon laquelle « l’instinct sexuel naturel » serait « la plus importante et la plus grande inclination de l’organisme humain » et par extension, l’idée que contenir un tel instinct mettrait en danger « l’équilibre de [la] personnalité ». Il rappelle que l’homme est doué de raison : « il appartient à l’impulsion dirigeante de la raison humaine, ce privilège singulier de notre nature, de maîtriser les impulsions et les instincts et de les ennoblir en les dirigeant avec rectitude. [...] La vertu de chasteté n’exige pas de nous que nous ne sentions pas l’aiguillon de la concupiscence, mais plutôt que nous le soumettions à la juste raison et à la loi de la grâce, en le faisant tendre de toutes nos forces à ce qu’il y a de plus noble dans la vie humaine et chrétienne. »
Quoi ? L’homme serait-il capable « soumettre » ses passions ? Voilà un discours qui ne nous est pas familier. Car trop souvent nous entendons dire que l’homme n’est pas capable de maîtriser ses sentiments, ses passions, ses instincts. Cette « vérité-générale » nous sert alors de prétexte pour « goûter » à pleine dents la plus délicieuse des pommes, sans trop de culpabilité, avant de nous apercevoir, douloureusement, que nous avons gâché la chance qui nous étaient offertes de construire, de bâtir et d’entretenir le bout de jardin qui nous avait été confié. L’histoire vous rappelle quelque chose ? Peut être parce que c’est le même drame qui se rejoue depuis une éternité. L’Eglise n’est pas là pour juger ceux qui ont voulu croquer dans cette fichue pomme ... et d’ailleurs, les hommes qui la composent ont leur lot de tentations et de fautes, eux aussi. Mais l’Eglise fait le pari que décidément oui, l’homme est capable de raison, capable non pas de contrôler l’émergence de ses émotions, mais de contrôler leur orientation, leur mise en acte ou non. Elle fait le pari de la responsabilité (voilà peut être pourquoi M. Vincent Peillon estime que l’Eglise empêche toute « liberté » dans notre belle France ... encore faudrait-il savoir de quelle liberté on parle). Ces prêtres, ces religieux et religieuses sont un caillou dans la chaussure de la mentalité occidentale car ils rappellent que l’âme humaine, porté dans les bras de Dieu, est bien plus noble que ce à quoi nous la rabaissons sans cesse ; que la raison est bien plus forte que tous les mouvements intérieurs auxquels nous aimerions céder si souvent, mais que cela exige sacrifice et prise de responsabilités.
Un choix amoureux
Mais donner sa vie à Dieu, de corps et d’âme, c’est avant tout un choix amoureux. Car quitte à cueillir une pomme ... pourquoi ne pas plutôt soupirer après le Jardinier ?
Le célibat des prêtres n’a de sens que si nous le comprenons comme émanant d’une volonté libre et amoureuse. Une volonté de consacrer sa vie au Christ et à son Epouse qu’est l’Eglise ; qu’est l’humanité toute entière. Et parce que cette union là est amoureuse, la consécration est entière : la personne se donne de corps et d’esprit. En effet, selon Pie XII, le lien de la chasteté parfaite est un « mariage spirituel par lequel l’âme s’unit au Christ ». Saint Augustin écrivait : « Si donc vous devriez un grand amour à vos conjoints, combien plus devez-vous aimer Celui pour qui vous n’avez pas voulu avoir de conjoints ? Qu’il soit fixé dans votre cœur profondément Celui qui pour vous a été attaché à la croix. »
Peut être est-ce cette partie là du vœu de célibat qui est difficilement compréhensible pour le monde. Jésus avait prévenu : « Tous ne comprennent pas cette parole, mais seulement ceux à qui cela a été donné ... Comprenne qui peut comprendre. ». Pour tenter une approche, encore faudrait-il comprendre que la foi catholique ne se construit pas avant tout autour de dogmes intellectuels et abstraits, mais autour d’une personne ... bien vivante ... le Christ. Un Dieu dont on peut tomber amoureux ...
