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"Voici l'Homme"

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Nous, Epouse du Christ, avons besoin de vous, pasteurs

Publié par Emilie sur 5 Juillet 2014, 13:10pm

Catégories : #Eglise, #prêtres, #pasteurs, #Epouse, #Epoux

Nous, Epouse du Christ, avons besoin de vous, pasteurs

J’ai entendu un jour qu’on ne pouvait savoir ce qu’est réellement « aimer l’Eglise » que lorsque l’on avait été blessée par elle. Et combien sommes-nous à l’avoir été ! En réalité, ce n’est jamais l’Eglise qui blesse ; mais les hommes et les femmes qui la composent, parce que le fait est : nous sommes tous pécheurs. L’Eglise, elle, est blessée dès qu’un de ses membres l’est aussi.

Ces blessures sont inévitables. Par ce petit billet aujourd’hui, je voulais seulement évoquer une de ces blessures, trop récurrente : celle qui naît de la relation entre nos pasteurs et le « petit troupeau » des laïcs.

Prêcher et enseigner ne suffit pas, s’il manque l’écoute du "petit troupeau"

C’est-à-dire si le pasteur ne prête pas suffisamment d’attention (voire de crédibilité !) à ce que vit le « petit troupeau » dans son quotidien ; s’il n’est pas attentif à ses joies comme à ses peines, à sa soif comme à ses doutes, à ses souffrances et à ses questionnements. Et bien souvent, cela manque cruellement, d’autant plus lorsqu’il s’agit d’aborder des thèmes bien complexes.

J’ai entendu un jour un prêtre dire à un groupe de jeunes : « quand le prêtre parle, on l’écoute ». Cette phrase m’a profondément heurtée, car de nombreuse fois, je me suis sentie comme n’ayant qu’un faible droit de parole face à celui du prêtre. Quand le troupeau veut prendre la parole, prête-t-on l’oreille ? Et si on le fait, lui donne-t-on crédibilité et sérieux ?

Sortir de la toute-puissance ?

Nous ne demandons pas aux prêtres d’avoir des réponses sur tout ! Nous leur demandons d’être à l’écoute. Et c’est là que le bât blesse. Car bien souvent, devant les grands défis, notamment moraux et éthiques, nos pasteurs nous apportent des « solutions plaquées », des « solutions miracles » : au refus de la contraception, on appose la solution « contraceptions-naturelles » ; ou bien encore, devant l’affaire Vincent Lambert, on nous rappelle que l’alimentation/hydratation artificielles sont des « soins obligatoires » mais c’est méconnaître les difficultés éthiques sur le terrain. Il y aurait encore beaucoup d’exemples.

Il ne s’agit pas ici de dire que les prises de position de l’Eglise sur les « grands sujets » sont mauvaises. L’Eglise nous ramène à l’exigence de la Loi, à l’exigence du Christ. Mais ce qui fait défaut, dans nos Eglise particulières, ce sont des pasteurs qui, tout en rappelant la parole du Christ et de l’Eglise, soient attentifs aux complexités de ce que le « troupeau », lui, vit au quotidien. Que ces pasteurs « de terrain », au milieu du troupeau, soit attentif, à l’écoute, et visages de la Miséricorde et de la Tendresse de Dieu, de sa disponibilité pour son peuple. Voilà ce qui fait gravement défaut.

C’est une méconnaissance – ou un refus de voir – la complexité de l’humain et de notre société, qui ne peut jamais se réduire à une position « noire ou blanc » ; « pour ou contre ».   

Au lieu de cela, nous avons des pasteurs qui prennent la parole durant les homélies ou des conférences, ou encore pour écrire des articles de presse ou sur Internet. Cela est bien. Mais cela est insuffisant. Car ces moyens – notamment ceux d’Internet – ne permettent absolument pas le dialogue « particulier ». C’est une illusion que de croire qu’en ce monde moderne, nous avons tous la parole. C’est le dialogue particulier, face à face, dans l’intimité des cœurs, qu’il faut retrouver de toute urgence. Mais est-il seulement souhaité ? Ou fait-il si peur qu’il faille s’en protéger ? N’est-ce pas une manière de se cacher que de rappeler la « Loi » sans permettre à ceux qui sont pris dans les contraintes du quotidien d’exprimer leurs questions, leurs craintes, leurs incompréhensions ? Le risque est toujours que nous tombions dans le pharisianisme.

Encore une fois, nous ne demandons pas aux prêtres d’avoir des réponses sur tout … mais qu’ils soient à l’écoute de ceux qui vivent dans ce monde, et expérimentent la complexité de l’Homme et de la société.

L’odorat du troupeau

Le Pape François, dans son exhortation « La joie de l’Evangile » nous rappelle deux points qui nous intéressent ici. D’abord, que « le troupeau lui-même possède un odorat pour trouver de nouveaux chemins » ; ce qui nécessite de la part du prêtre d’être à l’écoute aussi de « l’odorat » particulier de chacun, de ce que chacun discerne et reçoit comme intelligence et élan missionnaire de l’Esprit. Que le prêtre accepte, à son tour, de se laisser enseigner par la communauté qu’il sert !

Le prêtre au service de l’Epouse du Christ

Le deuxième point que je voudrais reprendre du pape François est cette magnifique phrase : « le prédicateur a la très belle et difficile mission d’unir les cœurs qui s’aiment : celui du Seigneur et ceux de son peuple ».

La tentation de l’orgueil nous guette tous. Pour ne pas mettre son orgueil dans sa mission de « persona Christi » et pour rappeler toujours mieux le juste rapport qui l’attache au peuple de Dieu, le prêtre doit se rappeler les paroles de Jean le Baptiste :      

« Un homme ne peut rien s’attribuer, sinon ce qui lui est donné du Ciel. Vous-mêmes pouvez témoigner que j’ai dit : Moi je ne suis pas le Christ, mais j’ai été envoyé devant lui. Celui à qui l’épouse appartient, c’est l’époux ; quant à l’ami de l’époux, il se tient là, il entend la voix de l’époux, et il en est tout joyeux. Telle est ma joie : et elle est parfaite ». ( Jn 3, 25-29).

Que le prêtre se rappelle toujours qu’il sert l’Epouse du Christ. Pas seulement « un petit troupeau ».  Pas seulement des brebis un peu « simples d’esprit » qu’il faudrait nourrir et gaver sans rien attendre d’elles en retour. Nous ne sommes pas qu’un « troupeau ». Nous sommes l’Epouse du Christ ! Une

Epouse qui n’est pas rendue « belle et sans tâche » par l’apostolat ou par la prédication du pasteur ; mais par l’unique sacrifice du Christ Epoux. Par ce sacrifice, nous sommes Epouse du Christ, réceptacle de l’Esprit Saint et temple de Dieu.

 

Nous, Epouse du Christ, avons besoin de vous, pasteurs et amis de l’Epoux pour rendre présent, au milieu de nous, le Corps de l’Epoux, sa Parole, Son Pardon, Son Cœur doux et humble, Sa disponibilité. Voilà ce dont vous êtes l’image. Voilà pourquoi nous avons besoin de vous. Nous, Epouse du Christ, nous ne voulons pas de prêtres démissionnaires, laissant à l’Epouse le soin de s’autogérer. Nous, Epouse du Christ, nous ne voulons pas non plus de prêtres qui, du haut de leur autorité, nous mésestime en nous disant ce que nous devons faire et comment, sans avoir la possibilité d’être entendue dans nos difficultés et nos souffrances.

Nous, Epouse du Christ, sommes blessée lorsque l’on répond à nos demandes et à nos attentes, à notre besoin de nous confier, par des « je n’ai pas le temps », si ce n’est par des silences douloureux. L’Epoux s’est fatigué sur les routes et sur les places, l’Epoux restait même disponible à son Epouse en retardant le moment de son repos, l’Epoux a été « tué à la tâche », en la menant jusqu’au bout, pour son Eglise. Alors comment pourrions-nous entendre de vous, aujourd’hui : « nous n’avons pas le temps », « nous avons plus important à faire » ? 

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