Il n'est pas rare d'entendre que l'Eglise est misogyne - l'argument étant généralement que les femmes ne peuvent accéder à la prêtrise. C'est oublier que l'Eglise n'est pas un terme utilisé pour désigner "les prêtres" ou "le Vatican", comme on désignerait un gouvernement, une autorité quelconque. L'Eglise c'est l'ensemble des baptiés, quels qu'ils soient.
Dans cette famille, dans ce Corps, chacun a sa place et son appel particulier. Mariage, célibat consacré, prêtrise, vie monacale et religieuse, ... aucune vocation n'est plus noble ou plus "méritante" qu'une autre.
Si (certains) hommes, appelés à la prêtrise, ont la grâce de devenir des "Persona Christi", représentants de la personne du Christ ... la femme, quant à elle, a une vocation bien à elle, complémentaire et non moins importante. C'est ce que nous rappelle avec grande sagesse Georgette Blaquière dans son ouvrage "La grâce d'être femme".
Une première partie de son livre parcourt les Evangiles pour montrer comment Jésus vient relever la femme, la libérer (du pouvoir masculin, de la "fonction maternelle" à laquelle elle était si souvent réduite, ... et du péché évidemment). Il fait d'elle une "partenaire libre et égale", "complémentaire et non identique".
Une seconde partie est consacrée au ministère spécifique de la femme : le prophétisme. Tout au long des Evangiles, l'auteure rappelle que ce sont bien souvent aux femmes que le Christ se dévoile en premier : Marie est bien la première à l'accueillir, Elisabeth la première à le reconnaître. C'est encore Marie qui amène son Fils à devancer l'heure de son premier miracle. C'est à une femme (la Samaritaine) que le Christ se révèle explicitement comme Messie pour la première fois. C'est par Marthe et Marie que Jésus "va accomplir le miracle le plus provoquant ... qui entraînera sa condamnation à mort". C'est à une femme que Jésus demande une profession de foi publique (devant des hommes !). Ce sont les femmes qui reçoivent les premières le message de Pâques. Et c'est Marie-Madeleine qui a la grâce de la première apparition de Jésus ressuscité.
Oui, la femme accueille, se met à l'écoute avec une grâce privilégiée ... mais ce qu'elle reçoit elle ne peut le garder pour elle. Comme les femmes devant le tombeau vide qui annoncent la résurrection aux Apôtres, la femme transmet (à l'homme) "qui prend alors ses responsabilités". Ainsi, non identiques mais complémentaires, l'homme et la femme sont appelés à construire ensemble.
« Le problème urgent me paraît donc, non pas d’ouvrir aux femmes l’accès au ministère sacerdotal masculin, mais d’inventer comment les femmes dans l’Eglise d’aujourd’hui peuvent concrètement être reconnues dans leur grâce prophétique propre et exercer ce charisme, car il semble évident que Jésus a voulu le rendre indispensable aux apôtres eux-mêmes, et complémentaire de leur ministère spécifique ».
