Il y a toute sorte de prières. Il y a la prière communautaire et la prière personnelle. Il y a la prière liturgique, la prière de louange, l’oraison, l’adoration ... Il y a les chants méditatifs, les prières récitées, les silences ... Il y a les mercis, les s’il te plait et les pardons ... Il y a ceux qui s’adressent plus facilement au Père, au Fils, à l’Esprit Saint. Il y a ceux qui s’adressent encore à Marie et aux saints. Bref, il y a de quoi en perdre son latin ! (... ou le garder, c’est encore une histoire de sensibilité).
Mais il est une image qui illustre à merveille toute l’intensité d’une prière : c’est l’étreinte entre un homme et une femme. Cela peut surprendre et pourtant « rien de nouveau sous le soleil » (Qo 1, 9) : le Christ ne se désignait-Il pas comme « l’Epoux » ? Et qui est l’épouse, si ce n’est l’âme ? Pas n’importe laquelle : la votre. Alors oui : la prière est une étreinte entre le Christ et vous ! Il est le jeune Epoux qui attend et désire l’épouse.
« C’est pourquoi maintenant je vais la séduire ;
Je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur
Tu seras ma fiancée pour toujours »
(Os 2)
Etape 1 : Entrer sous la tente.
« Il me cache au secret de sa tente » (Ps 27, 5)
Le préalable, pour l’Epoux et l’épouse, c’est tout de même d’avoir une intimité. Pour ce faire, entre sous la tente de l’Epoux ! Et quelle est-elle cette tente sinon ton être lui-même ?! (1 Co 3, 16).
Concrètement : entre en toi. Pour cela, « retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte » (Mt 6, 6). Cherche l'intériorité et que tout soit en silence, au dehors comme au-dedans. De fait, il peut être nécessaire de prendre un temps pour apaiser son esprit souvent agité par nombre de détails. Là encore, prend exemple sur la jeune épouse : elle ne s’élance pas sous la tente comme un automate. Il faut un temps d’arrêt au seuil de la tente pour rassembler ses esprits et – il faut bien le dire – entretenir le désir.
Etape 2 : Ecouter et faire silence.
Pour prier ainsi, apprends à te taire ! Une fois en présence de ton Epoux, pourquoi voudrais-tu gâcher cette intimité par les mots quand tout se dit bien plus merveilleusement par le corps ? Fais silence, et écoute la Voix de ton Epoux : « Que tu es belle, que tu es charmante, Mon aimée, mes délices ! » (Ca 7, 7).
Approche-toi de ton Epoux pour qu’ensuite, étape 3, Il te mette à nue. Pas de rires gênés ou de remarques offusquées qui tiennent devant la Beauté d'un tel mouvement : il s’agit là de l’étape la plus belle et la plus rude pour nos pauvres âmes tremblantes ! Mais surtout de l’étape la plus cruciale car de cette acceptation de la nudité – c'est-à-dire de l'humilité – dépend l’affermissement de notre relation au Christ. Il n’y a en effet que deux possibilités : 1/ soit on accepte d’être mise à nue, exposant ainsi à la vue de son Epoux (et à la notre), les défauts, les imperfections, les déformations, les meurtrissures ... Soit, 2/ on refuse et l’étreinte est avortée. Et quel dommage ! Car c’est en osant se mettre à nue que l’on découvre alors plus intensément l’Amour du Christ :
« Alors je suis passé près de toi et je t’ai vue : c’était le temps des amours, j’ai tendu sur toi le pan de mon manteau, j’ai couvert ta nudité et je t’ai prêté serment. J’ai fait une alliance avec toi, parole de Yahvé – et tu es devenue mienne » (Ezéquiel 16).
Etape 4 – Blottis-toi contre Lui et partage avec Lui des gestes tendres.
Puisqu’en acceptant de te mettre à nue tu as découvert que l’amour de ton Epoux n’a que faire de tes imperfections (et qu’encore Il les embrasse), et que sa fidélité est inébranlable, alors blottis-toi contre Lui. Voilà le temps où les mots deviennent vains et où seul le corps sait dire l’amour à travers les baisers et les caresses :
« Qu’il me baise des baisers de sa bouche !
Tes caresses me sont meilleures que le vin.
Son bras gauche s’est glissé sous ma tête,
De sa main droite il me presse contre lui. »
(Cantique des cantiques )
Etape 5 – L’abandon
Enfin, il arrivera toujours un moment où, embrassant l’Epoux, tu te rendras compte que seuls Ses baisers suffisent dorénavant. Ils sont les plus passionnés. Ils sont débordants de Vie et t’obligent à t’y abandonner. Alors seulement tu permettras à Dieu de prendre Sa vraie place : toute la place ! Celle qu’Il a toujours désiré. Celle où tu as définitivement arrêté de t’agiter, même entre ses bras, parce que Lui seul a le monopole de l’Amour. D'ailleurs, toi aussi tu retrouveras ta vraie place : celle du réceptacle – ô combien précieux – de cet Amour.
Je vois déjà la déception de ceux qui auraient aimé que je poursuive le parallèle. Sachez qu’avec Dieu on ne « fait » pas l’amour, on « est » l’Amour.
Sachez encore que si vous pouvez trouver homme qui embrasse et étreigne votre corps, aucun ne saurait étreindre votre âme. D’embrasseur d’âme, il n’y a que Dieu seul. Et lorsque vous Lui en donnez l’opportunité, c’est tout le regard que vous avez sur vous-mêmes qui est alors bouleversé :
Comment ? Le Saint des saints brûle d’étreindre votre âme et vous doutez encore de votre immense préciosité ? Vous doutez encore de votre Beauté alors que le Roi des rois cherche à vous séduire et s’unir à vous ?
Vous cherchez absolument à savoir quelle est votre « valeur », s’il faut oui ou non avoir de « l’estime » ? Regardez donc les yeux de votre Epoux lorsque vous vous approchez de Lui, lorsque vous vous abandonnez à Lui, lorsque vous vous blottissez contre Lui ... Les doutes se dissiperont d’eux-mêmes. Et qu’importent s’ils reviennent par la suite, parce « qu’à jamais je loge sous ta tente et m’abrite au couvert de tes ailes ! » (Ps 61, 5)